Sophie Bazin

Sophie Bazin

Plasticienne, identité féminine d’Arius et Mary Batiskaf
Docteur en médecine
Née le 4 mai 1968 à Caen

Pratique de la gouache et des collages depuis l’enfance, de la photographie depuis 1990. En 1991, le peintre abstrait Françoise Lelouch, de Caen, m'initie à la peinture à l'huile que je n’ai plus cessé d’expérimenter, parallèlement à mes études médicales. En 1996, devant l’importance croissante que la peinture prend dans ma vie, je choisis de m’y consacrer entièrement, à La Réunion. La peinture à l’huile reste le fil conducteur de mon travail ; il s’y ajoute d’autres pratiques : la photographie, la gravure, les volumes, les performances et les installations. > Lire la suite

En 1997, de ma rencontre avec le plastikèr de paroles Johary Ravaloson, naît le personnage à deux têtes d’Arius et Mary Batiskaf qui signe nos travaux communs. Il est à l’origine du mouvement dodo qui clame la fragilité de notre condition humaine. Explorant la devise républicaine, Arius et Mary Batiskaf est toujours à la recherche de la fraternité. Depuis 2006, il est aussi à la tête des Editions Dodo vole qui publient des albums pour les tout-petits et des livres d'artistes.

En 2007, j'ai le bonheur de réaliser Le Reposoir, une installation monumentale pour la mare à joncs du Cirque de Cilaos, et les Figures de proue d'Arius et Mary Batiskaf sont retenues par Historun et l'Unesco pour les stèles du Jardin de la mémoire conçu par Karl Kugel sur l’Ile du Mozambique. Au cours de l'année 2008, je réalise des oeuvres éphémères et monumentales en résidence à l'invitation de Lavage2008 (26Rockbrown, Montreuil) et Parcours croisés (Cambremer). Depuis, je séjourne régulièrement à Tananarive où je réalise, toujours à la recherche de la fraternité, des portraits peints de grandes dimensions en noir et blanc, des installations dans le paysage, et un travail photographique sur la ville et sur les épi-bars.

Site : http://sophiebazin.canalblog.com
Photos : https://sophiebazin.carbonmade.com
Textes : http://soahelene.canalblog.com

Fraternité

  • Dates Du 07 au 30 avril 2016

L'art zafimaniry : le temps suspendu

L'art zafimaniry est aujourd'hui bien reconnu internationalement, puisqu'il est même classé comme Patrimoine Culturel Immatériel à l'inventaire de l'Unesco. Pourtant rares sont les privilégiés qui pénètrent le pays zafimaniry jusqu'à son cœur : il y faut du temps et de l'endurance. Car ce ne sont pas la chaise ni le briquet qui représentent l'art zafimaniry, ce sont des villages entiers qui apparaissent comme de véritables merveilles : essaimés sur un territoire vaste et isolé, parcouru seulement de nombreux sentiers. Les motifs géométriques qui ornent volets et fenêtres des maisons de bois seraient des réminiscences de signes magiques destinés à protéger la communauté, et à témoigner de ses liens avec son environnement. Là se niche le secret de leur art, dans les liens que les Zafimaniry tissent entre eux et dans leur rapport à la nature. Longtemps ils furent les ultimes conservateurs d'un art de vivre forestier, aujourd'hui disparu sur le reste des hauts plateaux. Longtemps ils perpétuèrent cette vie communautaire que la modernité gommait partout ailleurs. Mais on dit qu'ils désiraient le riz, qui ne se plaît guère en forêt. Parce que leur nombre augmentait, ils ont dû défricher : rizières et steppes herbeuses ont remplacé le bois. On peut le déplorer, ou bien accepter cette inévitable évolution. Ce qui s'est conservé malgré tout, c'est le lien de fraternité entre les villageois. Un trésor que les Zafimaniry ont su préserver malgré les difficultés, et qui frappe invariablement l'étranger qui leur rend visite. > Lire la suite

Le village capitale d'Antoetra, le seul qui soit accessible en toute saison par la piste, a fait le premier les frais de la déforestation. En une quinzaine d'années, le nombre de ses maisons traditionnelles s'était réduit à une poignée, il était plus facile de les remplacer par des briques que de les entretenir. Déception des touristes qui ne s'aventurent pas au-delà de la piste (et ils sont nombreux, alléchés par les descriptions de leurs guides et par le classement Unesco) : il ne restait plus à Antoetra que des enfants quémandeurs. Il fallait peut-être redonner du sens aux motifs gravés, réfléchir avec les jeunes et les anciens aux bénéfices que les maisons traditionnelles généraient pour les habitants, à commencer par la visite des touristes : une manne non négligeable à l'heure où le téléphone portable fait exploser le besoin d'argent frais. Ce fut l'objectif de l'atelier d'écriture que Johary Ravaloson a mené sur place en décembre 2009, pour les sculpteurs et les enfants, et qui a permis la publication de Zahay Zafimaniry, un album d'art trilingue où les maximes créées par le collectif viennent éclairer le sens de chaque motif traditionnel. Ce fut, plus récemment, le sujet de la campagne de restauration financée grâce à l'ONG Des Villages et des Hommes : une spectaculaire vente d'art en janvier 2013 chez Christies Paris (des volets de fabrication récente, gravés d'un côté de motifs zafimaniry et de l'autre décorés par de grands noms d'artistes contemporains) a permis la restauration ou la reconstruction de plus de 50 maisons traditionnelles, par les habitants eux-mêmes. Aujourd'hui c'est un collectif de villageois de Faliarivo qui se mobilise pour l'entretien de ses maisons. Et ce qui émerveille, ici comme ailleurs, c'est autant la frugalité de ces villageois, que leur sens de la communauté.

Revenue du pays zafimaniry, j'ai voulu ne garder que l'essentiel. La couleur y est absorbée par les brumes accumulées sur les contreforts de l'Est, et par les fumées présentes dans chaque foyer. Durant plusieurs années, j'ai photographié, en argentique et en noir et blanc, les visages de ces inconnus qui m'accueillaient chaque fois comme un membre de leur village. Frappée par la dignité de leur port, par leur force, je l'étais plus encore par le lien qu'ils me permettaient de tisser avec eux. Ils étaient devenus une sorte de nouvelle famille, et j'avais envie de prolonger cette compagnie. Alors j'ai fait la peinture de leurs visages, en nuances de gris et en grand format. L'exposition Fraternité vous est présentée par l'Is'art Galerie à La Teinturerie jusqu'au 7 mai. Si vous l'avez ratée, vous pouvez toujours découvrir mes photos du pays zafimaniry sur le blog http://sophiebazin.canalblog.com.

Ifasina
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Anivoala
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Neni lisy et Neny bosy
Rakoto emmanuel